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D’où viens-tu ? (Where am I from?) Laetitia Effiong

April 29, 2018

La question à mille dollars ! Aucune question ne me déboussole autant que celle-là. La question à ne pas poser lorsque l’on ne vit pas ou que l’on n’est pas né dans le pays dont on détient le passeport. Voyez, c’est donc toute une introspection! 

 

Une conversation typique se déroule habituellement ainsi:

 

« Salut, je suis Lætitia, enchantée »

« Salut, je suis xxxx, comment ça va ? »

« Bien merci et toi ? »

« Ça va merci. Je ne t’ai jamais vu ici »

« Oui c’est vrai, je viens d’arriver »

« Ah d’accord. Et tu viens d’où ? »

« ... »

 

C’est à ce moment que le bug commence. Alors plusieurs options me passent par la tête:

  • Première option: la personne cherche à savoir d’où je suis venue (physiquement) et non mes origines alors je peux répondre tout bêtement « Ouzbékistan » (n.b: ceci n’est qu’un exemple).

En général cela mène au regard du style « tu ne ressembles pas à une Ouzbek » ou encore « comment ça Ouzbékistan ?! » (ce qui mène à un autre débat que j’aime beaucoup qui est celui de savoir à quoi doit ressembler une personne originaire de tel ou tel endroit; mais ceci fera l’objet d’un article différent). Après les échanges de regards qui me font comprendre que je suis noire et donc pas moyen que je sois Ouzbek, la personne demande « ah okay. Mais sinon tu es d’où ? »

  • Deuxième option: je me limite à dire “guinéenne” et je souris. Au moins ainsi, la personne est contente, sait exactement dans quelle case me mettre et on peut passer à autre chose. Cela se corse habituellement lorsque la personne connaît la Guinée/ a habité en Guinée car j’ai droit à des questions du style:

“Peule n’est-ce pas ?”

“Forestière peut-être parce que tu as un nom chrétien ?”

“Une guinéenne qui s’appelle Laetitia, c’est une première “

Ceux qui veulent être plus subtils me demandent mon nom de famille et à partir de là, il faut tout de suite passer à l’option 3.

 

  • Troisième option: je réponds que j’ai la double nationalité: nigériane et guinéenne (et je me limite à celles-ci pour faire simple). Et je vous donne les réactions:

“Wow c’est un mélange rare”

“Ce ne sont même pas des pays frontaliers”

“Mais comment ils ont fait pour se rencontrer tes parents ?”

“Ils étaient étudiants à l’université ”

“D’accord. Et tu as grandi en Guinée ou au Nigeria ?”

“J’ai grandi en Éthiopie “

“...”

La personne bugge, c’est juste trop confus. Plus elle essaye de me mettre dans une boîte et moins ça marche. Alors la personne me sort en général la question “fatale”, qui - selon elle - règlera la question de mon identité : “mais tu es née où ?” (oui oui, sachez que pour beaucoup de gens, là où vous êtes né détermine votre nationalité).

 

“À Manchester” Alors là, j’ai droit soit à de l’exaspération et la personne abandonne ou sinon la personne trouve cela fascinant (il va sans dire que ce dernier groupe de personnes sont mes préférées).

 

Voilà d’où vient la difficulté de répondre à cette question - qui paraît pourtant - si simple. La série de questions ressemble à un interrogatoire et en fonction de mon interlocuteur, il semblerait que j’aie besoin de me justifier. Il est impérial qu’on puisse m’identifier. Faute de cela, je suis automatiquement perçue comme un mélange trop compliqué.  

 

Cela arrive aussi lorsque je dois expliquer comment/pourquoi je suis polyglotte. Je parle l’amharique, le bambara, le peulh, le wolof, le français, l’anglais, le portugais et l’espagnol. Malgré qu’il y ait encore beaucoup d’autres langues que j’ai envie d’apprendre, je m’estime chanceuse de pouvoir parler/comprendre celles-ci. Les gens ont toujours été plus enclins à m’aider, à m’écouter quand je m’adressais à eux dans leur langue. Je deviens automatiquement une des leurs - et ça, c’est non négligeable dans certaines situations. 

 

 

 

Ce qui est certain, c’est que je suis Laetitia. Pour le reste, je suis fière représentante de l’Afrique dans sa globalité et citoyenne du monde. S’il y a bien une chose que j’ai apprise et que je maîtrise c’est l’adaptation. Au delà de ça, le fait de ne pas correspondre « à la norme » m’a aussi appris la tolérance. Rien ne m’étonne, tout est possible et c’est ce qui fait la beauté de la vie. 

 

Je ne m’offusque pas quand on me dit que je suis d’un pays que je ne connais pas. Je ne réagirai jamais violemment en disant “ non je suis zambienne, pourquoi dites-vous que je suis zimbabwéenne”. C’est sans doute le reproche que les gens bien « emboîtés » dans leurs nations me reprochent: de n’appartenir à aucune catégorie et cette facilité de caméléon que j’ai de m’adapter d’un endroit à un autre. 

 

 

 @mrsndjouri

 

J’estime simplement que nos frontières ne nous appartenant pas, il n’y a pas de raison de se barricader et de se convaincre qu’on est entièrement différents d’un pays à un autre. Au contraire, nous sommes un même peuple du Nord au Sud, d’Est en Ouest et c’est une force qui devrait nous rapprocher.

 

La prochaine fois que vous rencontrerez quelqu’un comme moi (et nous sommes de plus en plus nombreux), allez prendre un pot. Vous pourrez apprendre énormément l’un de l’autre. Ciao 👋🏾

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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